Avant-propos : Je choisis de dédier cette critique à Marc Alfos, décédé le 3 août 2012, comédien de doublage - mais pas que - qui a marqué mon enfance, notamment en prêtant sa voix à un certain M. Indestructible.

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Un des credo de Pixar Animation Studios est de ne pas faire de suite si celle-ci n'est pas nécessaire. Les Indestructibles s'imposait comme un vibrant hommage aux super-héros et aux années 50-60, tout en traitant de problématiques très actuelles. Et dire que personne n'avait envie de revoir cette famille de héros sur grand écran serait mentir. Pour autant, malgré sa fin faussement cliffhangeresque, le film avait-il besoin d'un deuxième épisode ?

Brad Bird s'est sans doute aussi posé la question pendant longtemps, puisqu'il a fallu attendre près de quatorze avant que Les Indestructibles 2 ne débarque au cinéma. Mais il n'a pas chômé entre temps, puisqu'il a réalisé et écrit l'excellent Ratatouille, mais aussi mis en scène Mission Impossible : Protocole Fantôme ou encore supervisé A la poursuite de demain. Assez occupé, il devait être persuadé d'avoir quelque chose à raconter pour mettre en chantier cette suite.

Le metteur en scène à qui l'on doit Le Géant de Fer choisit de ne pas tenir compte du temps écoulé dans le monde réel pour construire son récit, le plaçant directement après Les Indestructibles, premier du nom. Une stratégie qui, à l'inverse de celle exploitée dans Toy Story 3ou Cars 3 empêche de montrer des personnages plus âgés, qui auraient grandi en même temps que les spectateurs, mais qui permet d'aborder les conséquences du précédent film.

C'est, une nouvelle fois, la question de la place des êtres à pouvoirs qui est au centre du long-métrage : certes, une famille a réussi à faire regagner leurs lettres de noblesse aux super-héros, mais peuvent-ils, pour autant, agir en toute impunité ? Sujet traité dans de nombreux comics, notamment Civil War, que les Frères Russo ont peiné à adapter dans toute sa profondeur, alors que Brad Bird creuse l'idée depuis 2004.

Les thématiques du long-métrage ne sont donc pas sans rappeler celles du précédent opus, ce qui est au départ un peu déconcertant, d'autant que Les Indestructibles 2 suit une structure qui est, elle aussi, similaire. Avec une innovation,, cependant : Elastigirl est la star du film. Il ne serait pas juste de dire qu'elle en est la protagoniste, car, c'est toute la famille Parr qui évolue au fil de l'intrigue. Mais le réalisateur-scénariste insiste sur la place des personnages féminins.

Il n'est pas question que du genre super-héroïque en lui-même ni seulement du cinéma. La décennie au cours de laquelle se situe Les Indestructibles 2 ne laissait pas une place importante aux femmes. Pourtant, le film nous dit - avec parfois peu de subtilité - qu'elles doivent pas se cantonner à rester chez elles, qu'elles doivent travailler et, surtout, qu'un homme peut très bien jouer le rôle de père au foyer.

Par ailleurs, cette situation inversée, est source de nombreux gags, montrant aussi qu'être parent, c'est un peu comme être un super-héros, mais en plus épuisant ! Brad Bird, dans Les Indestructibles 2, parle aussi de la difficulté de mener une vie normale pour les surhumains. Le personnage de Violette en ce sens est particulièrement intéressant. Même si Bob Parr, obnubilé par l'idée de retrouver ses Jours Glorieux reste l'atout majeur de la saga.

Amenées par des conflits d'ego, les thématiques que véhicule Les Indestructibles 2 sont plus intéressantes que l'intrigue en elle-même, qui peine à véritablement se lancer. Pour autant, une fois au cœur du problème et en acceptant les redites structurelles, on se laisse prendre au jeu. On sympathise avec la pléiade de nouveaux personnages et, surtout, on veut comprendre les motivations d'un antagoniste travaillé, qui porte, lui aussi le message du film.

Le scénario brille donc davantage pour le traitement de ses personnages que pour son récit, mais ça fonctionne vraiment bien. La mise en scène qui exploite à 200% les possibilités offertes par l'animation - coucou Jack Jack - ne fait que sublimer tout ça. Et la musique exceptionnelle de Michael Giacchino lui est d'une grande aide. Jouissif pour tout amateur de super-héros, Les Indestructibles 2 est une réussite sans être la meilleure suite Pixar.

On attend maintenant impatiemment un épisode 3 qui montrera les personnages plus vieux.