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Si Kiss a été le premier groupe de rock à avoir son propre comic-book chez Marvel en 1977 (voir un prochain article qui reviendra là-dessus), c'est le père du shock rock, le parrain du metal, le Coop' lui-même qui leur a emboîté le pas quelque temps plus tard. Paradoxalement, Alice Cooper est l'une des influences manifestes de la troupe de Gene Simmons, mais en remettant les choses dans leur contexte, on comprend mieux pourquoi l'oncle Alice est arrivé second...

Alice Cooper est le nom de scène (devenu depuis son patronyme usuel) de Vincent Damon Furnier, adopté à la fin des années 1960 par le groupe dans lequel il chantait et jouait de l'harmonica. The Alice Cooper Band ne tardera pas à faire couler de l'encre, grâce à des représentations scéniques hors normes pour l'époque : de jeunes chevelus affublés de vêtements peu représentatifs de leur sexe et jouant une musique bruyante et dissonnante, pensez donc ! C'est grâce à Frank Zappa que le groupe a pu sortir ses deux premiers albums et développer son aspect scénique, avant d'atteindre le succès avec un troisième album nommé Love It To Death (et le single I'm Eighteen), qui verra la bande revenir à Detroit et assagir un peu sa musique... pour mieux prendre le monde d'assaut avec des spectacles toujours plus sophistiqués, incluant des scènes d'exécution et un côté théâtral et grand-guignol qui s'accentuera au fil des années, au grand dam des conservateurs et des bien-pensants de l'époque. Le pic de leur gloire est atteint avec l'album Billion Dollar Babies, qui sera illustré par le film Good To See You Again.


Mais le succès décroît un peu avec l'album suivant (Muscle Of Love), et c'est en 1974 que la troupe se sépare suite à des dissensions. Mais Alice Cooper revient en 1975 en tant qu'artiste solo (accompagné de plusieurs musiciens de Lou Reed) avec l'album Welcome To My Nightmare, et une tournée plus grandiloquente que jamais. Cependant, l'aura satirique et violente du personnage s'émousse au profit d'une représentation plus familiale jouant avec les poncifs de l'horreur grand public, et sa présence grandissante au sein des médias effacera sa réputation sulfureuse. Quant au chanteur lui-même, il semble à côté de ses pompes, et c'est un fait... Alice est en effet alcoolique et devra suivre une cure de désintoxication tandis que son rock s'aseptisera de plus en plus... Mais on n'enterre pas si facilement le Coop' !

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En 1978, Alice Cooper sortira de sa cure avec un album complet sous le bras et accompagné des musiciens (et du compositeur) d'Elton John. From The Inside retrace l'hospitalisation de l'oncle Alice, et tous les personnages sont inspirés de ceux qu'il a croisés pendant cette période. C'est donc un concept-album - le premier de sa carrière - très personnel que nous propose le chanteur. Jamais il ne s'est autant ouvert dans sa musique, et si cet opus reste dans la veine rock FM déjà explorée, le résultat n'en est pas moins probant. Mais il ne faut pas oublier le caractère encore plus particulier de ce disque : le personnage haut en couleurs d'Alice Cooper, qui était déjà digne d'un comic-book, entre enfin dans les cases de la bande dessinée grâce à Marvel.

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L'éditeur new-yorkais, déjà à l'origine des aventures BD de Kiss, décide de récidiver en 1979 en donnant à Alice Cooper la vedette du 50e numéro de la série Marvel Premiere, dans une adaptation folle du disque éponyme. Sur un scénario d'Alice Cooper, Jim Salicrup, Roger Stern et Ed Hannigan, le dessinateur Tom Sutton (encré par Terry Austin et colorisé par Marie Severin) a la tâche de donner des traits à tout ce petit monde que le rockeur (accompagné de Bernie Taupin) a mis en musique. L'histoire est menée tambour battant, à la manière Marvel, en une vingtaine de pages rocambolesques qui rendent un bel hommage à l'univers décalé d'Alice Cooper, malgré cette contrainte de pagination.

Faut-il voir là-dedans une certaine frilosité de la part de Marvel qui a peur de ne pas reproduire le succès remporté par les comics Kiss, ou juste un numéro voué à rester sans suite ? Toujours est-il que le succès de ce Marvel Premiere n'a pas généré de nouvelle tentative officielle d'imposer Alice Cooper dans les comics avant 1994...

Bien sûr, ce comic-book n'a en soi rien de révolutionnaire, tant dans la forme que dans le fond, puisqu'on pouvait déjà trouver à l'époque d'autres comics audacieux, humoristiques et décalés comme Howard The Duck. Pour autant, ça reste une petite curiosité agréable et une rareté, puisque ce numéro n'a semble-t-il jamais été réédité...

Pour l'anecdote, Alice Cooper a fait une deuxième cure en 1983, mais n'a pas écrit d'album dessus. Néanmoins, c'est à partir de sa nouvelle sobriété qu'il est redevenu le personnage de sa légende, grâce à de nouvelles associations avec le cinéma d'horreur et la scène hard rock, mais ceci est une autre histoire... que je ne tarderai pas à vous raconter !

Pour patienter, voici de quoi vous imprégner de l'histoire :