2011, c'est bientôt fini. L'occasion pour toute l'équipe de ComixHeroes de décerner nos traditionnels Durandals. Ainsi, pendant le reste du mois de décembre, nous vous présenterons nos meilleurs souvenirs culturels de l'année.


Cette année, il m'est arrivé un truc génial. J'ai découvert Doctor Who, la meilleure (et la plus longue, à l'heure actuelle) série de science-fiction de tous les temps. Si j'en parle aujourd'hui, c'est parce qu'à mon sens, le personnage qui a marqué l'année 2011, tant par son rayonnement que par la qualité des aventures que l'on a pu vivre à travers lui, c'est le Docteur. Et pas n'importe lequel. Le meilleur. Le Onzième.

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 Attention, je n'hésiterai pas dans cet article à spoiler allégrement les cinq premières saisons de la nouvelle série Doctor Who. 

Une chose est sûr, quelque chose comme neuf fans de Doctor Who sur dix vous diront que parmi les onze incarnations connues du Docteur, la meilleure de toutes, c'était la dixième, incarnée par le comédien David Tennant, et que Matt Smith, le onzième, il est bien sympa, mais c'est quand même rien d'autre qu'un gamin mal coiffé. Et bien moi, Surtur Flamingo, rédacteur de ComixHeroes préféré des jeunes filles suaves, j'ose m'élever contre cela. Avec la rage d'un indomptable Dalek, seul contre tous, je défendrai quoiqu'il arrive le grand Eleven. Et comme je ne suis pas non plus totalement puéril, je vais même me permettre d'argumenter.

 

A mon sens, lorsqu'à la fin de l'épisode La Prophétie de Noël, on dit au revoir à Tennant, non sans émotion, pour laisser place à Smith, c'est le Docteur qui finit sa crise d'adolescence. Pendant quatre longues saisons, le Docteur aura pleurniché, se sera plaint, vengé, aura massacré et se serra sacrifié des dizaines de fois pour bien montrer à tout le monde que le génocide de son peuple l'a sérieusement affecté. Du coup, quand on prend conscience de cet état de fait, on se rend compte que toute l'ère Russel T. Davies (showrunner de la série depuis son reboot dans les années 2000 jusqu'à la fin de la saison 4) racontait en réalité le deuil du Docteur. Il aura connu le déni (lorsqu'il refusait d'avouer ce qui était arrivé aux Seigneurs du Temps à ses nouveaux compagnons de route), la colère (que ce soit contre lui-même ou contre à peu près tout le reste de l'univers), la dépression (beaucoup d'épisodes ne traitent d'ailleurs que de cela) et même le marchandage à plusieurs reprises (lorsqu'il souhaite oublier qui il est dans l'épisode Smith, la Montre et le Docteur, ou lorsqu'il participe plus ou moins au retour des Seigneurs du Temps). Bref, Ten n'a jamais eu le moral, et il s'est toujours acharné à le montrer. Mais là où cette période s'achève sur un très intelligent coup de théâtre, c'est lorsque le retour éphémère de son peuple et de son monde d'origine dans La Prophétie de Noël est décrit comme un événement négatif ! A la façon d'un élétrochoc, ça lui rappelle que les Seigneurs du Temps étaient tous ou presque de sacrés emmerdeurs, finalement.

Du coup, on se retrouve avec un onzième Docteur quasiment débarrassé de sa culpabilité (qu'il retournera finalement vers les compagnons de route qu'il a connu entre temps) et donc enfin prêt à en finir avec ce deuil qui l'a ralentit si longtemps. Eleven, c'est le Docteur adulte, il s'assume pleinement et ne cherche plus à cacher ses motivations profondes derrière un masque d'auto-flagellation. Il cesse par là-même de vouloir se faire passer pour un humain, il est l'une des plus puissantes et vieilles créatures de l'univers, et il en est fier, c'est d'ailleurs pour cette raison qu'il revient à un look et une attitude totalement extravagants (pourquoi s'est-il acharné à vouloir se fondre dans la masse aussi longtemps ?). C'est aussi un Docteur en paix avec l'univers. Même les Daleks, il ne les déteste plus autant qu'avant. D'ailleurs, ça transparaît dans la façon dont il règle les problèmes auxquels il est confronté : plus de violence, plus d'armes destructrices, plus d'explosions, juste d'habiles stratagèmes. Et moi, c'est comme ça que j'aime les héros. Il est cool, il sait ce qu'il vaut et ne cherche même pas à cacher ses défauts. Je trouve que ça lui donne une ampleur dramatique toute en subtilité qu'il n'avait pas dans sa période émo.

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La différence entre Ten et Eleven.

Ten : "Je ne peux avoir deux boules de glaces, Rose, c'est le lot des Seigneurs du Temps."

Eleven : "Ouais, Amy ! Envoies donc une seconde boule à ce vilain garçon !"

Qui plus est, et comme pour me donner raison, l'arrivée de ce nouveau Docteur coïncide avec celle du nouveau showrunner Steven Moffat, qui, dès son institution, a commencé à fournir bon nombre des meilleurs épisodes de Doctor Who, en allant plus loin que jamais, en intégrant d'enthousiasmants nouveaux éléments à la mythologie de la série et en apportant un soin tout à fait inédit à la réalisation, offrant à Doctor Who le succès international qu'on lui connaît aujourd'hui. Au point que même les plus réticents au départ de Tennant sont bien obligés de reconnaître que la sixième saison est la meilleure à ce jour (et qu'en plus, Amy est bien plus canon que Rose).

 

Pour être tout à fait franc, je pense que si autant de monde préfère Ten, c'est parce que bon nombre d'entre nous ont découvert la série lorsque c'était lui le Docteur. Ce n'est pas mon cas, vu que j'ai commencé avec Eleven. Mais, en toute objectivité, j'ai raison. Toujours.

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 «Personne ne vous a prévenu ? Il y a une chose que vous ne devez jamais prendre au piège si vous êtes intelligent. Si poursuivre votre existence a une quelconque valeur à vos yeux, si vous avez la moindre intention de voir le soleil se lever à nouveau, il y a une chose que vous ne devez jamais, au grand jamais, prendre au piège.

… Moi.»

-Le Onzième Docteur, ou la guérison de la dépression par le narcissisme.